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Jimi the "tall" man

dans Interviews le lundi, 19 mars 2012

Jimi the

Sur toutes les scènes du monde, son phrasé raconte la belle et riche histoire du Sénégal. Émerveillé, Carlos Santana avoue allégrement essayer de comprendre son style mais n'y arrive toujours pas. 

Si on le choisissait comme la ré incarnation du grand griot et joueur de xalam Samba Diabaré Samb version guitare, personne n'aurait trouvé à redire. Youssou Ndour, son fidèle compagnon le présente toujours au public (surtout anglophone) comme '' The Tall''.  Grand, il l'est au propre comme au figuré. Évidemment, vous l'avez reconnu:Jimi Mbaye est sur agendakar.

Rencontrer une Super Étoile, cela se prépare. Depuis qu'on a convenu d'une date, j'ai pris le soin de demander à ma collègue de se préparer, d'appeler mes deux photographes, hé oui tous les deux, vaut mieux prendre les devant au cas où l'un d'eux me lâchait à la dernière minute. Rien n'est sur dans ce ''bled''. Mais les voies du seigneur sont… impénétrables dit-on. Tout a  foiré. Ma collègue, soudainement malade ne vient plus, mon dictaphone a planté et mes photographes m'ont lâché. Hé oui les deux ! J'aurai due en prévoir un troisième... 

Bref, chez Jimi Mbaye il n'y a pas de protocole. Il n’y a ni gardien, ni attaché de presse  encore moins un impresario… rien de tout cela. C’est la simplicité qui règne. Ne soyez pas surpris si vous sonnez à sa porte un jour et qu'il vienne lui-même vous accueillir.

 

Naturellement, il nous entraîna dans son coin à lui: son studio, qu'il ne quitte jamais avant 5h du matin. Affalé sur son fauteuil, Jimi nous installe tout en roulant son tabac. La pièce est assez grande, guitares accrochées au mur, ordinateurs, keyboards, table d'enregistrement occupent les lieux. Des chaussures sont dispersées ici, des sacs la bas, l'endroit n'est pas bien rangé. Peu importe, ici seule la musique semble importante. La prière aussi semble l’être: une natte traîne et les quelques photos de  dignitaires religieux renseignent un peu sur la spiritualité du bonhomme… Jimi très courtois, écoute, sourit et parle de sa vie de musicien professionnel avec humilité.

Né en 1957, le célèbre guitariste fait parti de cette génération post indépendance qui a réussi à impulser une musique bien sénégalaise. C’est connu, ’homme a un doigté unique et inimitable. Son jeu est proche de la kora et du xalam. Et il l'explique par le besoin ressenti  à un moment donné de se  trouver un style proche de sa culture et de ses racines.

 En Europe, le public applaudit même quand le spectacle n'est pas génialissime par respect. Cela ne permet pas  toujours de savoir dans quel camp vous vous situez. Moi, je voulais plus, pas être applaudi seulement ! Je voulais impressionner mon public.  Alors, je me suis posé la question du comment? C'est là que j'ai compris qu'il valait mieux partir de mes racines, de ma culture au lieu de reprendre instinctivement comme on faisait à l'époque les phrasés des grands guitaristes occidentaux. C'est ainsi que j'ai plus ou moins transposé le xalam et la kora sur ma guitare. Cela m'a pris 15 ans pour affiner ce style mais j'y suis arrivé je crois'' explique t-il.

 

 

 


Quinze longues années pour qu'enfin partout aujourd'hui dés

la première note on se dit: '' c'est Jimi Mbaye’’ !  Le jeu en valait la chandelle, d'autant plus qu'il nous a valu tant d'arrangements géniaux notamment, le fameux titre ''Birima'' de Youssou Ndour qui est pour moi la plus œuvre de l'enfant de la Medina (c'est subjectif je sais, mais les goûts et les couleurs).

Jimi croit beaucoup en l'enracinement culturel. Il le défend tout en pointant du doigt un certain nombre de problèmes à résoudre si on veut, à l'image de la musique malienne, conquérir le monde.

 

 Nous avons certains de nos instruments qui ne sont pas compréhensibles à l'oreille occidentale, il faut trouver un compromis d'où un travail important à faire'' dit-il.

 D'un autre coté, il fustige ceux qui s'improvisent du jour au lendemain musicien ou arrangeur.

 Ce n'est pas parce que deux ou trois amis te flattent et te disent que tu joues bien que tu dois te prendre pour un musicien ou un arrangeur accompli. Il faut beaucoup d'humilité et de travail. Cela fait défaut aujourd'hui.  La plus part  des arrangements se ressemblent et la qualité des chanteurs et musiciens reste à désirer '' regrette un Jimi Mbaye serein.

 En même temps, notre musique déplore t-il, étouffée par un Mbalakh trop débridé, subit la loi  d’animateurs qui ne promeuvent pas une musique de qualité. D’après lui, ils ont autant de responsabilité que les musiciens.

 

   Jimi et ses compagnons du super étoile

 Pour mettre tout le monde d'accord, le guitariste plaide pour un ''Mbalakh World''. Un mélange  de tradition et de modernité qu'il entend désormais promouvoir. En tout cas, l'homme n'est pas blasé pour un sous, malgré 30 années d'une carrière riche de succès et d'émotions, Il a toujours autant de défis à relever. Et quand on lui demande de jeter un coup d'œil sur cette richesse, il nous lance comblé: '' Jouer dans des salles remplies, être reconnus et être applaudis partout dans le monde, un musicien n'a que ça et c'est mon cas aujourd'hui avec le Super Étoile. Pour moi, le Super Etoile c'est le plus grand groupe du monde''.

 

Membre fondateur du  mythique Super Étoile de Youssou Ndour, groupe qu'il a ''vu naitre'' et auquel il tient comme à la prunelle de ses yeux, Jimi n'en suis pas pour autant une brillante carrière solo couronnée d'un Indi Awards (organisé par les labels indépendants, c'est l'équivalent des Grammy  qui eux, sont organisés par les Majors) dés le premier opus ''Dakar Heart'' en 1998.


A propos de cette aventure individuelle d'ailleurs,  il nous révèle, tout en tirant sur son ''stick'', la sortie imminente de son nouvel album. Il sera  sur le marché dés le mois de Mars précise t-il et s’inscrira dans cette logique du fameux compromis à trouver entre modernité et tradition.

Toutefois explique t-il, cette carrière, n'entame en rien son aventure avec Youssou Ndour. Pour preuve, nous raconte Jimi, lorsque son premier album est sorti, You lui a parlé en ces termes : '' Jimi, tu as préparé des beignets (l'album), il faut aller les montrer au monde pour les vendre! Prends le temps que tu voudras, je n'ai plus besoin de toi pour le moment'' l'invitant ainsi à aller défendre son "Dakar Heart" un peut partout à travers les continents! Génial non?

 Mis à part ma mésaventure avec mes photographes et mon reporter de toc …non, non de choc plutôt, j'ai passé franchement un après midi enrichissant. Entre les oranges tranchées et le gouteux thé qui m'ont été servi, en plus de la disponibilité de mon hôte, il y avait de quoi être enjoué. Ce dernier sollicité par le téléphone et les visites , s'est même permis de me laisser seul un long moment dans son studio.  Laisser un visiteur de surcroît, un reporter seul dans cet endroit bondé d'exclusivités, était-ce sur? Mais, le mec est d'une telle empathie, qu'on aurait envie de lui protéger son bien.

Malheureusement, le temps était venu pour moi de prendre congé. On s'est quitté avec la promesse de nous revoir bientôt (surement à la sortie de l'album). Dans le taxi du retour, je repensais pèle mêle à mon après midi quand soudain une réflexion me vint à l’esprit : Comment en sera t-il le jour où tous ces monstres sacrées prendront leur retraite ?

Heureusement, Jimi Mbaye lui, pas blasé du tout, dit ne pas y penser une seconde. Et quand on lui demande qu'est-ce qui le fait encore courir après tant de succès? Il répond l'air vraiment atteint: '' Quand on est pris par le virus de la musique on ne s'en remet pas''…

 

Sources Images:

ferloo.com

krstarica.com

lastfm.fr

 

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