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Valéry Ndongo : de Cameroun à Dakar, Y’a rien c’est l’homme qui a peur !

Par Aïe-chat dans Interviews le jeudi, 12 mai 2011

Valéry Ndongo : de Cameroun à Dakar, Y’a rien c’est l’homme qui a peur !

Si vous ne connaissez pas Valéry Ndongo, retenez bien son nom, vous allez beaucoup entendre parler de lui dans l’avenir !

 

Ce jeune humoriste camerounais est déjà une star dans son pays, et est en train de conquérir le reste de l’Afrique. De passage à Dakar dans le cadre de sa tournée Africaine (une dizaine de pays), Valéry Ndongo nous a offert le 21 Avril dernier, avec son spectacle « Bienvenue O Kwatt » un one-man-show rafraîchissant avec de l’humour bien de chez nous.

C’est un artiste simple, sympathique (et qui n’a pas oublié son humour sur la scène) qui m’a reçu autour d’un verre pour nous en dire un peu plus sur lui.

 Forcément pour faire style, d’entrée de jeu, je luis sors cette question qu’il pose sans cesse au public pendant le spectacle : « Y’ a quoi Valéry? » Original hein ? Tu parles ! Il a dû l’entendre juste quelques milliers de fois. Pourtant, il joue le jeu, sourires aux lèvres, il répond (certainement pour la mille sept cent cinquante troisième fois), « Y ‘a rien c’est l’homme qui a peur !».

 

valeryndongo

 

Mais pourquoi donc cette phrase qui revient sans cesse pendant tous les spectacles ?

 En fait, nous au Cameroun, dans notre style humoristique, à la base il faut toujours essayer de trouver une espèce de leitmotiv qui va créer un lien entre le public et toi. Généralement, ca se passe sous forme d’une phrase ou un mot que le public reprend avec toi en chœur. Avec le temps le public te reconnait avec ce mot ou avec cette phrase. Ca permet de créer autour de toi, un mot, une phrase qui t’identifie ; du coup ton nom et ton image passe plus.

Ce message semble effectivement lui coller désormais à la peau

Dans tous mes spectacles il y aura cette phrase, mais là, c’est le premier spectacle où je l’utilise vraiment à fond.

 Un spectacle où il ironise beaucoup sur les rapports entre blancs et noirs dans son « Kwatt », son quartier au Cameroun. L’amour, l’amitié, la vie de tous les jours… tout y passe et tous y passent ! Un spectacle qu’il présente aussi bien en Afrique qu’en Europe, la perception est-elle la même ?

 En fait, généralement, mon spectacle a deux phases quand il y a un public métissé. Généralement quand je me moque des blancs, ce sont les noirs qui rient un peu plus. Et quand je parle des noirs, hé bien les blancs rigolent un peu plus. Mais ils rigolent tous d’eux-mêmes aussi. Ca crée une sorte de jeu, et moi en tant qu’artiste, je dois équilibrer les choses. Que personne ne se sente visé, mais que les gens sachent que dans la manière de dire et de faire, il ya des choses bien et d’autres pas.

 Le public dakarois était métissé, et a rit en chœur. Ha oui, il y a bien cette dame qui cassait un peu l’harmonie de la chorale-du-rire avec son hilarité absolument irrésistible et contagieuse. Mais comme je vous comprends madame. Il est difficile de contrôler son rire devant Valéry Ndongo :-)  Mais que pense justement l’artiste du public sénégalais ?

 

Ecoutes, moi j’ai été assez surpris déjà d’avoir une salle presque pleine. Mais je pense qu’il n’y avait pas beaucoup de sénégalais dans la salle. Il y avait pas mal de français et puis pas mal de camerounais tu vois, et moi quand je suis en tournée, ça me plairait plus d’avoir des gens du pays même. Il n’y avait pas beaucoup de sénégalais dans la salle et c’est dommage pour moi, parce que j’aurais aimé être confronté à un public sénégalais et voir comment ils réagissent. Bon ce sera peut être pour la prochaine fois, parce qu’en même temps les gens se déplacent pour les noms qu’ils connaissent. Quand tu as un nom qui n’est pas vraiment connu dans une ville, c’est difficile.

 

 

Mais le public qui était là était super ! Et ça m’a surpris qu’il soit venu nombreux aussi parce que quand tu ne passes pas à la télé, le public se déplace difficilement. Mais là, il est venu et ca s’est bien passé !

 Oui le public est venu, il a vu, il a ri (Pensées de chat : pffff ça aussi ma fille, ce n’est pas très original).Valéry Ndongo fait rire les gens, mais qu’est ce qui fait rire Valéry Ndongo ?

Qu’est ce qui me fait rire ? En tout cas moi, dans mon groupe d’amis au camer, je ne suis pas le plus drôle ! J’ai des potes qui sont beaucoup plus drôles que moi, on rigole tout le temps. (Pensées de chat : Heu… et comment on fait pour se joindre à se groupe d’amis ? :) Il y a un test à passer ? un bizutage ? Je suis prête ! )

 Entre être drôle dans la vie et en faire un métier, il y a quand même une petite barrière à franchir.

 Moi qu’est ce qui me fait rire ? (Pensée de chat : Oui on va y arriver…) c’est tout ce qui est spontané, tout ce qui est dit et fait de manière naturel. En même temps, tu ne peux jamais savoir ce qui va faire rire, parce que c’est par rapport à l’instant et la façon dont c’est dit ou la façon dont c’est fait.

 Pourtant l’artiste pense pertinemment que l’humour est « l’arme idéale pour désamorcer des choses, et c’est surtout l’arme idéale pour critiquer la société ». L’humour selon lui, fait un parfait contrepoids au pouvoir en place, et permet de véhiculer des messages importants, d’où le choix de son métier d’humoriste. Métier qui marche très bien au Cameroun où le stand up est devenu très populaire. Notre ami n’est pas étranger à ce phénomène pour avoir créer le concept « Stand up night show » avec l’association stand up qu’il dirige.

 Je travaille sur ce projet avec un ami camerounais qui s’appelle Major Assé qui est très talentueux et très populaire au Cameroun aussi. On a vendu le concept à une chaine télé et c’est devenu super populaire au Cameroun. Maintenant au Cameroun, le stand up c’est Valery Ndongo et Major Assé.

 

 

L’artiste se dit content de la place que l’humour est en train de gagner dans le milieu artistique africain.

 

 

Toutes les instances de subvention de l’art n’ont jamais vraiment misé sur l’humour. Les subventions allaient toujours à l’art contemporain, la dance, l’écriture. Personne n’a misé sur l’humour. Maintenant l’humour a fait son bonhomme de chemin, pratiquement tout seul, et s’est imposé comme une expression artistique, une forme d’art à part entière. C’est reconnu par le public qui court les spectacles d’humour comparé aux spectacles de théâtre et le reste. Ceux qui subventionnent l’art maintenant sont en train de regarder l’humour différemment et de vouloir investir dedans. Les humoristes ont dû casser les portes. On a d’abord été reconnu par le public, maintenant on est reconnu par les structures de financement.

 L’humour est un art ! Mais quel est la qualité d’un bon humoriste selon Valéry Ndongo ?

 D’être soi ! D’être spontané et naturel, mais la plus grande qualité d’un humoriste c’est de savoir observer. L’humoriste n’est pas forcément le plus drôle dans la vie ; il doit pouvoir observer, remarquer et retenir les paroles, les tics et les comportements des gens. C’est grâce à cette observation qu’il peut écrire des sketches et c’est pour ça que les gens s’y reconnaissent après. Evidement humainement aussi il faut être cool. Simple et humble avec les gens.

 Simple et humble. Il semble l’être resté malgré sa popularité grandissante au Cameroun. Demandez lui s’il signe des autographes et entendez cet éclat de rire qui cache un certain gêne (démasqué mon cher !). Bien sûr quand un humoriste est gêné il trouve une parade drôle…

 C’est assez impressionnant de voir comment les camerounais du Cameroun se comportent comme le public occidental. Ils demandent des autographes, des photos… Ca là, moi-même ça me wanda ! A chaque fois, en plein Yaoundé ou à Douala, les filles ou les gars viennent me voir et moi je leurs dit «Hey, on n’est pas à Paris hein » (rires).

 Wanda ! Un mot qui revient toujours quand on écoute Valéry. « Si vous ne comprenez pas Ce n’est pas grave, c’est le but » nous dit-il en spectacle. Nous ne comprenons pas c’est vrai mais pour agendakar il fera bien une exception et nous expliquer. N’est ce pas Valéry ? Que veux donc dire wanda

 Wanda veut dire « j’hallucine ». Ca vient de l’anglais wonderful. En fait le camfranglais c’est un mélange d’anglais de français et de dialectes camerounais. Les camerounais aiment bien créer un petit mystère autour du camfranglais mais moi justement c’est l’inverse que je veux. Je veux que les gens comprennent et aient envie de parler camfranglais ; parce qu’une langue qui n’est pas parlée se meurt. C’est pour ça d’ailleurs que je travaille sur un dictionnaire du camfranglais qui sera publié dans un an maximum. Ce serait intéressant que les gens viennent voir le spectacle, et si le camfranglais les intéresse ils se procurent le bouquin et après ils vont comprendre pourquoi c’est important au Cameroun et comment ça a évolué.

 

 

 

Les mots, une passion pour Valéry Ndongo qui termine son spectacle en beauté par la déclamation d’un beau texte titré « ce Kwatt là », adapté du célèbre « ces gens là » de Jaques Brel. L’artiste nous confie avoir embrassé l’art par la poésie

 J’ai commencé l’art par la poésie ! C’est la première expression artistique que j’ai embrassé. J’ai écris pas mal de poèmes, il y en a quelques uns que j’ai publiés dans des revues au Cameroun. J’ai commencé par la déclamation de poèmes pour arriver à des sketches sans me rendre compte.

 Demandez lui s’il prévoit de revenir à ses premiers amours, il vous dira qu’il ne s’en est jamais vraiment éloigné, et que dans son prochain spectacle il ya aura deux à trois textes de slam/poésie. Parlons-en justement des prochains spectacles. Quels sont les projets ?

 Là, je développe le projet « Africa Stand up » un projet de formation en stand up dans plusieurs pays africain. Le mali est motivé pour m’accueillir en 2012 ainsi que Dakar et Saint-louis .

 Je reviendrai donc à Dakar pendant 2 semaines pour travailler avec 4 ou 5 sénégalais et à la fin, on fera un spectacle de restitution sur des sketches qu’on aura travaillés pendant l’atelier. Ca c’est en prélude du gros projet sur lequel je travaille avec A. Moussa Ndiaye à Bamako pour faire de grosse soirée de stand up dans toute les grandes villes africaines. Mais ca, on va prendre le temps de bien mettre ça sur pied.

 J’ai encore quelques pays à faire pour la tournée, il y a des chances que certains d’entre eux acceptent de m’accueillir après pour les formations. Ca nous fait de la matière. Comme ça le stand up est vulgarisé et il y a des jeunes qui vont s’y intéresser. Les plus doués vont sortir du lot et il y aura des spectacles et des tournées.

 Sinon je travaille aussi sur mon prochain spectacle prévu pour 2013, le temps que je tourne avec celui-ci…

 Au Cameroun il y a le stand up night show dont je t’ai parlé tout à heure, on fait des spectacles tous les trimestres ; et c’est là que j’expérimente tous mes nouveaux sketches.

 Voilà qui promet. Restez à l’écoute sur Agendakar pour être informer de cet alléchant programme. En attendant n’oubliez pas : » il n’y a rien c’est l’homme qui a peur » !

Merci Valéry et bon vent !

 

 

 

A propos de l'auteur

Aïe-chat

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Aïe-Chat, terroriste culturelle !

Quoi que vous cherchiez à faire dans Dakar, si cela a un quelconque rapport avec la culture, Aïe-Chat, c'est celle qu'il vous faut ! La culture c'est la passion de sa vie! Elle est agenda et répertoire ambulants. Elle connait tous ceux qui appartiennent au milieu (peintres, poètes, musiciens, écrivains etc.). Elle respire et mange culture. Ce qui est tout à l'honneur de la co-fondatrice d'AgenDakar ; une passionnée qui vibre au rythme de sa passion et qui aime la partager dans ce « car-rapide » qu’elle chéri tant.

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