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Oumar Ndao, l’ineffable, n’est plus

dans Contributions, xib'art-actu, Vie Culturelle le vendredi, 17 janvier 2014

Oumar Ndao, l’ineffable, n’est plus

 

Note de la rédaction : Dakar est en deuil, la culture est en deuil. Il est difficile de réaliser la perte du grand homme de culture qu'était Oumar Ndao. Nous n'allons pas écrire sur lui. Ceux qui le connaissait si bien, qui l'ont côtoyé de près l'ont fait avec justesse, émotion et éloquence. Nous partageons avec vous le témoignage de son amie Laurence Gavron que nous remercions. L'équipe d'Agendakar présente encore ses condoléances à tous...

Dakar, le 15 Janvier 2013.

Dakar est veuve ce soir, Dakar a pleuré toute la journée, puis a bu… pour oublier. Ou du moins pour se souvenir, pour trinquer avec celui qui l’a abandonnée, en plein vol, en pleine vie, en pleine jeunesse encore, à 56 ans. Afin qu’il soit encore là, parmi nous, toujours, afin de ne pas l’oublier, l’inoubliable. Dakar pleure son enfant, le fils de Kaolack, de Thiès, de Diourbel, qui a vécu un peu partout et connaissait par cœur son pays, le moindre sentier, toutes les gares, les allées et les routes ombragées, la brousse et la ville.

Celui sans aucun doute que tout le monde aimait, que tous pleurent ce soir. Jeunes et vieux, hommes et femmes, ces femmes qu’il aimait tant, il avait de nombreuses copines, des amies, vraiment, avec qui il s’accompagnait, riait, buvait, pour lesquelles il travaillait, écrivait, témoignait. Mais les hommes aussi, les gaïn, ses compagnons de sorties et de boulot, témoins comme lui d’une vie, d’une ville, d’un pays. Ceux avec lesquels il discutait sans fin, des soirées entières, des nuits jeunes et blanches, des aurores pâles, et jusqu’au crépuscule, parfois. Ceux à qui il racontait des histoires, des blagues, des anecdotes, des faits divers, toutes ces traces de vie, ces petites histoires qui font les grandes, la grande.

Oumar Ndao, l’ineffable, n’est plus. Difficile à croire tant il représentait la vie, tant il chantait avec énergie, dynamisme, optimisme, toujours, chaque parcelle de vie, de bonheur. Tant il se délectait de mots et de musique, de mets et d’images, de culture, d’art, d’amour et d’amitié. Amour, l’anagramme de son nom, comme il se plaisait à le rappeler à ceux, trop nombreux, qui l’appelaient Omar au lieu d’Oumar.

Bien que ce soit très difficile à imaginer, très injuste à comprendre, à accepter, Oumar n’est plus, ne sera plus parmi nous avec son rire qu’on entendait à trois cent mètres, son rire en cascades, fort, sincère, bruyant, mélodieux, bigger than life. Cette vie qui l’a quitté, quelques heures à peine après avoir quitté sa mère, Maam Xadi Cissé, dont il était si proche, qu’il aimait tant, à laquelle il était, il est définitivement, connecté, à jamais, à la vie à la mort.

Il n’est plus et je pense à ses sœurs, Amy, Maty, khady, Néné Awa, Fatou, à ses frères, son grand frère Pape et son petit frère Babacar, qui tous deux lui ressemblent tant, à sa fille Khady qui a les mêmes yeux et ressemble à son homonyme, sa grand-mère, à Aïda, à son fils Pape Cheikh, réplique d’Oumar en jeune homme dont les yeux brillent d’intelligence, promis sans aucun doute à un avenir radieux, à la relève de son extraordinaire père. À Awa bien sûr, la compagne de toujours, l’épouse, la mère.

Ce n’est pas toujours facile d’être la femme d’un génie, d’un homme hors pair, particulier, différent. Plus… plus tout, plus drôle, plus vrai, plus vivant, plus énergique, plus fou, plus plus plus que tous les autres. Ce n’est pas évident mais quel bonheur en même temps, quelle fierté, quelle merveille !

Je repense à tous les moments, les bons, les moins bons, les succulents, les plus drôles, les émouvants, les concerts de Souleymane Faye ou de Seydina, les conférences si brillantes et inspirées, les virées nocturnes arrosées et, elles aussi, toujours, inspirées, les lectures, les projections… Jamais à court d’idées, de références, l’esprit constamment en ébullition, les immenses yeux, vifs et pétillants, malins comme pas deux, accompagnés d’un sourire complice puis d’un rire aux éclats.

Je crois que l’adjectif qui lui colle le mieux à la peau est celui-là, malin. Malin comme un singe, rusé comme un renard, rapide, toujours en quête de nouvelles idées, d’autres écrits, d’histoires re racontées, de rencontres, toujours à l’affût, prêt à entamer la vie par les deux bouts, à l’affronter à toute vitesse, sans jamais hésiter, sans peur, entièrement, avec vivacité et tendresse.

Adieu l’ami, nous ne sommes pas prêts de t’oublier.

Laurence Gavron

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